Le genêt
Lorsque vous demandiez à Léon Chareyre de quand date sa maison, il vous répondait qu’elle est de 1530. Cependant, peu d’archives sont relatives à cette ferme et malheureusement aucune ne remonte à cette date.
Le genêt, l'or végétal des hautes terres
Le genêt qui colore les paysages du Mézenc et du Gerbier-de-Jonc n'est pas une simple plante sauvage, mais une ressource naturelle précieuse adaptée aux sols volcaniques et granitiques. On distingue principalement deux variétés : le genêt purgatif (Cytisus balansae), appelé localement « genêt grillon », et le genêt à balais (Cytisus scoparius). Le premier, petit arbuste de 30 à 60 cm aux fleurs odorantes, est particulièrement recherché pour sa durabilité exceptionnelle. Bien que certains l'aient surnommé la « lèpre jaune » en raison de son omniprésence lors de la déprise agricole, il demeure pour les montagnards un « don du ciel » disponible pour tous. Sa floraison printanière transforme les landes en tapis dorés, mais c'est sa robustesse qui en a fait un matériau de construction de premier plan. Il est l'un des symboles de la résistance végétale face à un climat montagnard où l'hiver peut durer six mois.


Un compagnon indispensable de la vie paysanne
Dans l'économie de survie du plateau, rien ne se perdait et le genêt trouvait une utilité dans presque chaque aspect du quotidien. Outre la toiture, il servait de litière pour le bétail, de combustible d'appoint pour le foyer, de paillage ou encore de matériau pour confectionner des balais robustes. Ses vertus dépassaient le cadre domestique : la science des bergers reconnaissait au genêt des propriétés médicinales puissantes. L'infusion de ses fleurs possède une action diurétique et tonicardiaque, tandis que la spartéine extraite de la plante était utilisée comme antivenin contre les morsures de vipères. Même la cuisine locale en tirait profit, les bourgeons confits dans le vinaigre servant de « câpres allemands » pour aiguiser l'appétit. Le genêt était donc bien plus qu'une plante : c'était un allié précieux, une ressource gratuite qui permettait de compenser la rareté d'autres matériaux dans ces zones isolées.
La palhisse : Une architecture sculptée par le climat
L'utilisation du genêt pour la couverture des fermes, créant ce qu'on appelle des « palhisses », répond à une nécessité mécanique et thermique. Le genêt est un isolant naturel remarquable, bien plus imperméable que la lauze, et permet de conserver la chaleur du foyer et des bêtes durant les longs confinements hivernaux. Pour que la neige ne pèse pas trop sur la structure, les toits de genêt présentent une pente vertigineuse pouvant atteindre 60°. Cette inclinaison permet aux amas neigeux de glisser naturellement sans écraser la charpente. De plus, le volume intérieur dégagé sous cette haute toiture est considérable, ce qui était indispensable pour entreposer les tonnes de foin nécessaires à la survie du troupeau jusqu'au printemps. C’est une architecture de la raison : le matériau est abondant, gratuit, et offre des performances de confort supérieures pour les fermes les moins riches qui ne pouvaient financer une toiture en lauze.


Le rituel du piquage et la préservation du savoir-faire
La technique de pose, appelée « piquage », est un art de patience et de précision. Le genêt est récolté à deux périodes clés : en mars, avant la floraison, ou à la fin août, lorsqu'il a atteint sa maturité et qu'il n'est plus en graines. Il est crucial de ne pas utiliser de genêt en graines, car il risquerait de prendre racine directement sur le toit. Les tiges sont taillées en biseau et piquées fraîches pour conserver leur souplesse dans un entrelacs de branches de sapin ou de hêtre. Le manteau protecteur ainsi créé atteint souvent 40 cm d'épaisseur. Cependant, un tel toit exige un entretien constant : le paysan passait en moyenne 20 jours par an à « pétasser » sa couverture pour colmater les fuites créées par la burle. Grâce au travail de Léon Chareyre et de l'association Liger, ce geste séculaire est aujourd'hui sauvegardé et transmis aux nouvelles générations.
En visitant
Plongez dans l'intimité d'une ferme du XVIIe siècle restée « dans son jus » depuis les années 1960. Bien que les visites intérieures soient actuellement suspendues, vous pouvez découvrir l'histoire et les secrets de ce bâti unique grâce aux panneaux pédagogiques installés sur le site.
En adhérant à l'association
Rejoignez « Les Amis de la ferme Philip » pour nous aider à sauvegarder ce patrimoine fragile et unique. Votre adhésion permet de soutenir l'entretien du monument et de préparer sa réouverture au public, prévue pour le printemps 2026.
