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Hommage à Léon Chareyre
La ferme Philip va rester bien silencieuse cet été après la disparition, le 5 décembre 2023, de Léon Chareyre, son « guide conservateur ».
Ce bâti de Sainte-Eulalie, au pied du mont Gerbier-de-Jonc, fait partie des derniers témoignages des grandes fermes aux toits réalisés en genêts, les « palhisses » ou paillasses, dédiées à l’élevage bovin du plateau ardéchois.
Photos : Michel Engles et Bernard Leborne

La ferme Philip couverte en genêts (2022).

Léon pour ses 90 ans entre amis.
Hommage à Léon Chareyre
Ce bâti de Sainte-Eulalie, au pied du mont Gerbier-de-Jonc, fait partie des derniers témoignages des grandes fermes aux toits réalisés en genêts, les « palhisses » ou paillasses, dédiées à l’élevage bovin du plateau ardéchois.
La ferme Philip existe depuis le milieu du 16e siècle. Léon disait 1530, ce qui a été confirmé par des recherches menées par Michel Engles et Alain Groisier, puis par un article du numéro 33 (2021) des Cahiers du Mézenc. Après avoir abrité deux familles, une à chaque extrêmité, elle est reprise en totalité par la famille Chareyre.
Les parents de Léon y ont eu six enfants, deux filles et quatre garçons, dont un mort en bas âge. Léon était le deuxième des enfants vivants.
À la mort de son père en 1952, alors que Léon a 20 ans, c’est l’aîné Charles qui prend la suite de l’exploitation, et Léon est déclaré soutien de famille.
Léon se forme à la mécanique, puis à la maçonnerie et, en 1967, il revient au pays.
Avec son jeune frère Jean-Marie, il construit « la maison neuve » et s’y installe.
Dès ce retour, Léon se passionne pour le patrimoine rural du plateau. Il devient expert en construction et en restauration des toits de lauze et des toits en genêts, spécificité de cette partie du plateau où le genêt est abondant et ne coûte que le travail du « piqueur ».
Très vite, Léon coopère avec les as- sociations patrimoniales locales : Maisons paysannes d’Ardèche avec Michel Carlat, son premier président passionné de ce patrimoine rural, l’association Liger, Les Amis du Mézenc, Les Compagnons du Gerboul, associations auxquelles Léon consacre ses talents de formateur pour la pose de la lauze et le piquage du genêt.
Pour l’association nationale Construire le patrimoine, de Nicole Vallery-Radot, de la revue Marie Claire, il participe à un salon patrimonial au Grand Palais où il construit en 1981 une réplique de « palhisse ».
Durant la pause hivernale, à une époque où il y avait encore de la neige, Léon participe au développement touristique du plateau comme perchiste, et pratique le ski de randonnée.
Durant la saison touristique, avec l’aide de sa sœur Marie-Thérèse, avec qui il partage la maison neuve, il fait visiter la ferme ; occasionnellement, toute la famille s’y implique. Il en a fait un lieu de témoignage du mode de vie des paysans du plateau, resté dans l’état dans lequel il était jusque dans les années 1960 alors qu’il était habité par la famille. Léon y raconte la vie laborieuse qui y était menée tout comme les bons moments passés, et que lui-même y a vécus jusqu’à l’âge adulte.
À vrai dire, Léon « valait le détour » tout autant que sa ferme, pour sa gentillesse, son sourire malicieux, son merveilleux accent dans lequel la langue occitane n’était jamais loin, et sa façon de nous faire revivre la vie de la ferme.
La visite ne pouvait pas durer moins de deux heures. Elle commençait au bout du bâtiment dans la pièce unique qu’occupait la famille, séparée de l’étable par deux lits clos, un pour les parents, un pour les enfants.

Léon lauseur

Léon piqueur de genêt.

Léon montrant son berceau devant le lit clos.

Léon sur son échelle pour « pétasser » son toit.

Les tenalhs pourris.

Les greffes mises en place.

La couverture en genêts est rétablie.
Lors des visites, Léon ne manquait jamais de sortir son berceau du lit clos. On visitait ensuite la partie principale du bâtiment qu’occupaient les bovins sous le foin stocké pour le long hiver dans le fenil. On y montait pour la suite de la visite et Léon faisait une démonstration de piquage de genêt sur une maquette faite tout exprès.
Puis la visite se poursuivait dans la sorte de petit musée que Léon avait constitué dans le second logement avec toutes les coupures de presse qui les concernaient lui et la ferme.
Elle se terminait devant la ferme où Léon, sur sa longue échelle, assurait une démonstration de « pétassage » du genêt sur les zones dégradées par la burle (vent du Nord) l’hiver précédent.
Léon a fait rayonner le plateau ardéchois bien au-delà de son périmètre en accueillant à la ferme de nombreuses personnalités dont le livre d’or déborde de témoignages, des émissions d’information
radio et télévision, des reportages patrimoniaux, des jeux télévisés comme La Carte aux trésors, l’équipe cinématographique du film Au fond des bois de Benoît Jacquot...
Mais lors de l’hiver 1995, tout a failli s’arrêter. L’abondance de la neige en amont de la ferme pèse contre la toiture, les pièces de charpente,
les « tenalhs », dont le bas avait pourri, se brisent et Léon se désespère.
Heureusement, Pierre Dubant, fils du délégué adjoint de l’époque, réalise les pièces nécessaires à la réparation, tandis que Gérard Barras, animateur de l’équipe qui a restauré le hameau du Vieil Audon près de Balazuc, puis créateur d’Ardelaine, mobilise son groupe pour restaurer la charpente... et le moral de Léon.
Léon redouble alors d’attention pour entretenir et valoriser la ferme familiale, si bien qu’en 2018 la direction régionale des Affaires culturelles décide de l’inscrire à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques en même temps que la Ferme de la Besse,
restaurant de ses amis Gérard et Éliane Méjean, aujourd’hui tenu par leur fils Mathieu, et que deux autres fermes du plateau.
Mais Léon n’ayant ni épouse ni enfant, la charge de la ferme revient à son dernier frère vivant, Jean-Marie. Face à la charge que cela représente, Jean-Marie cherche une solution. Maisons paysannes d’Ardèche et les amis de Léon accompagnent cette recherche car l’œuvre de celui-ci ne peut rester sans suite.
À la mémoire de Léon (1932-2023), notre plus ancien et plus fidèle bénévole ardéchois.
Bernard Leborne au nom des amis
de Léon et de Maisons paysannes
d’Ardèche
