Les salles
Poussez la porte de la Ferme Philip pour explorer des espaces chargés d’histoire, où chaque salle, du foyer chaleureux à la vaste fenière, témoigne d’une cohabitation séculaire entre l’homme, l’animal et la nature sauvage du plateau.
Le Logis : Cœur battant de la vie montagnarde
L'habitation de la Ferme Philip, souvent désignée sous le terme de « queyrat » lorsqu'elle est couverte de lauzes, constitue le noyau central de la vie familiale. Traditionnellement, ce logis se compose d'une pièce unique située au rez-de-chaussée, conçue de manière rudimentaire mais extrêmement fonctionnelle pour faire face à la rudesse du plateau. Les murs, d'une épaisseur impressionnante pouvant atteindre 1,20 mètre, possèdent une âme d'argile pour isoler les habitants du froid intense et de la « burle », le vent d'hiver. L'éclairage naturel y est rare et tamisé par de petites ouvertures appelées « fenestrous », limitant ainsi les déperditions thermiques. Cet espace de vie est étroitement lié à une cave voûtée, la « crota », indispensable pour la conservation des denrées alimentaires comme les pommes de terre durant les longs mois d'isolement. En hiver, lorsque les congères peuvent atteindre plusieurs mètres, cette pièce devient le seul refuge de la famille, qui y mène une économie de survie dans un confinement climatique imposé par la montagne. L'organisation intérieure est pensée pour minimiser les déplacements extérieurs, permettant un accès direct aux animaux et aux réserves.


Le Cantou et l'âtre : Chaleur et nourriture
L'élément architectural dominant de la pièce de vie est sans conteste la cheminée monumentale, ou « cantou », qui peut s'étendre sur tout un pan de mur. Ce foyer est le véritable centre de gravité de la ferme, où les boiseries sont encore noircies par les feux entretenus quotidiennement au fil des siècles. On y trouve la crémaillère supportant la marmite, ainsi que l'entrée du four à pain qui fait saillie en demi-cercle à l'extérieur du bâtiment. Autour du feu se déroulaient les veillées, moments essentiels de transmission orale et de fabrication d'objets domestiques pendant que les femmes raccommodaient les vêtements. Tous les objets du quotidien y ont conservé leur place : du moulin à café à la grande table familiale, en passant par les objets de dévotion religieuse. C’est ici que l’on racontait les « Contes de la Burle », tout en surveillant la cuisson des repas rustiques. Le mobilier se compose également de grandes armoires et de meubles de mariage gravés de dates, témoins de l'histoire de la famille Chareyre qui a habité les lieux jusqu'aux années 1960.
Les Lits-clos : Une cohabitation ingénieuse
Dans la partie orientale de la ferme, la mieux conservée, l'espace de sommeil est intégré de manière fascinante à la structure même de la pièce. Les « lits-placards » ou « lits-clos » sont encastrés dans les boiseries des murs et servent souvent de cloison entre le logis des humains et l'espace réservé aux animaux. Cette disposition n'est pas le fruit du hasard : elle permettait à la chaleur dégagée par le troupeau dans l'étable de traverser la cloison de bois pour chauffer les lits. On y trouve généralement deux lits superposés ou contigus, l'un pour les parents et l'autre pour les enfants. L'intimité est préservée par des volets de bois ou des rideaux, créant de véritables petites chambres dans la pièce unique. Un détail touchant subsiste à la Ferme Philip : le couffin de Léon Chareyre est encore à sa place sur une étagère du lit-clos parental. Lors des visites qu'il animait, Léon ne manquait jamais de montrer son berceau, soulignant le lien indéfectible entre les habitants et leur bâti. Cette organisation témoigne d'une optimisation maximale de l'espace et de l'énergie dans un environnement où chaque calorie comptait.


L'Étable : L'espace vital du troupeau
L'étable occupe une surface variable selon la richesse de l'exploitation, mais elle est toujours conçue pour accueillir les bovins, piliers de l'économie locale. À la Ferme Philip, l'étable abritait environ 15 vaches, notamment des bêtes de race Mézine, aujourd'hui disparue. Le sol est « caladé », c'est-à-dire pavé de grandes dalles de pierre inégales, à l'exception de l'emplacement des vaches laitières qui reposent sur un plancher de bois pour les préserver des maladies. Le long des murs se trouvent les crèches et les râteliers où les animaux consomment le foin stocké juste au-dessus. Une structure appelée « arcas » se situe devant l'entrée de l'étable ; ce sas voûté protège du froid extérieur et abrite souvent la porcherie et le « bachas », un abreuvoir où coule en permanence une source d'eau fraîche. Cet espace était le lieu de travail principal des hommes durant l'hiver, où ils surveillaient les vêlages et entretenaient les outils. L'étable est soutenue par une poutre maîtresse centrale, la « chareyre », portée par des piliers massifs en bois ou en basalte appelés « pontiers ».
La Fenière : Le grenier aux trésors de genêt
Située à l'étage, au-dessus du logis et de l'étable, la « fenière » est un vaste espace de stockage indispensable à la survie de la ferme. C'est ici qu'étaient engrangés les six mois de fourrage nécessaires pour nourrir le bétail durant le long hivernage. Ce stock de foin jouait également le rôle d'isolant naturel pour les pièces situées en dessous. Pour faciliter le travail du paysan, le plancher de la fenière est percé de petites trémies, les « trappous », situées juste au-dessus des râteliers de l'étable pour y laisser tomber directement la nourriture. L'accès se fait depuis la terrasse supérieure par une rampe ou une montée, permettant de rentrer le foin en vrac. Sous la magnifique charpente de genêt, on peut encore observer les traces laissées sur les poutres par les différents niveaux de foin accumulés au fil des ans. La fenière de Philip est remarquable par ses deux accès opposés, un cas rare dans la région. Aujourd'hui, cet espace sert également de lieu d'exposition, présentant les outils agricoles d'autrefois et les techniques de « piquage » du genêt qui font la renommée mondiale de cette bâtisse.

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